“La vérité, ce diamant fragile”

Tribune publiée sur lemonde.fr le 5 avril 2010

En ces temps de crise, la vérité est une valeur sérieusement en baisse.

Cette bonne vieille vérité que l’on croyait venue à bout des mythologies, des chimères, des idéologies, vaut désormais moins qu’une incantation de chanteur ou un boniment d’actrice.

La France est un pays étrange, sécularisé, dans lequel la vieille morale bourgeoise a été quasi éradiquée, mais où il semble régner plus que jamais la distinction entre les observations qui ont le droit de cité et celles qui en sont bannies Lire la suite

Le fondateur du Centre de formation des journalistes (CFJ), Philippe Viannay, précisait que « la mission du journaliste se distingue des tâches de la publicité ou des besognes de la propagande ». Ce n’est pas un hasard s’il évoquait “l’impossible pari du journalisme”. Tout était dit ou presque, y compris pour notre avenir…

Lors d’un journée de réflexion de la rédaction de l’hebdomadaire Marianne , organisée fin mai 2008, le rédacteur en chef de la revue Le Déba t, Marcel Gauchet, évoquait la principale menace à l’encontre du journalisme : “l’inutilité”.

Comment éviter cet écueil fatal? Selon Gauchet, le seule solution consiste à “chercher la plus value informative, laquelle ne peut être que la singularité du propos appuyée sur le savoir et le comprendre”.

Non, le journalisme n’est pas mort. Demain, après-demain, la planète aura encore besoin de journalistes. Pourquoi cette conviction? Parce que le journalisme n’est ni un pur métier, ni un passe-temps. C’est avant tout une fonction, un principe de neutralité. Dans un monde où chacun voit midi à sa porte, il faudra des passeurs compétents pour organiser la reconnaissance mutuelle. Sur une planète où chacun, influencé par ses préjugés, absout ou condamne sans autre forme de procès, des originaux défendront la suspension du jugement moral. Surtout, dans des systèmes politiques et économiques où la vérité est une notion de plus en plus friable, chacun aura besoin de personnes consacrant leur énergie, et d’une certaine manière leur vie, à “voir les choses derrière les choses”, comme il est dit dans Quai des brumes de Marcel Carné.